Rhône : fragile, il s’est suicidé en prison après une garde à vue suspecte

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Rhône : fragile, il s'est suicidé en prison après une garde à vue suspecte

Son avocat dénonce un cas « tristement emblématique. »

Les proches de farid Lamouchi devant la maison d’arrêt de Corbas (Rhône), le 10 janvier 2011. | Max PPP
Les faits remontent à une dizaine de jours. Et tombent à pic, cette semaine, en plein débat sur la réforme de la garde à vue.

Dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 janvier, Farid Lamouchi, 41 ans, s’est pendu dans sa cellule de la maison d’arrêt de Corbas (Rhône).

Immédiatement après les faits, ses proches et son avocat s’interrogent : Farid Lamouchi, instable et fragile, a-t-il été victime d’un défaut de surveillance ? Et que s’est-il passé lors de sa garde à vue, au commissariat de Givors, pour que le parquet de Lyon charge l’IGS de mener l’enquête dès le lendemain ?

« Un cas tristement emblématique » : c’est en ces termes que l’avocat de Farid Lamouchi, maître Frédéric Lalliard, se confie à Libération. « Si un avocat avait été présent lors de cette garde à vue, on ne serait pas aujourd’hui en train de soupçonner des policiers de violences. »

Voleur multirécidiviste, Farid Lamouchi connaît le commissariat. Cette fois, il s’y trouve pour un vol avec effraction, un petit mois plus tôt, dans un café de Givors. Il en est reparti avec 80 euros, une machine à café, un distributeur de cacahuètes, des cannes à pêche et un rôti de veau, détaille aussi Libération. Au commissariat, il n’a pas demandé la présence d’un avocat dans la première heure, comme il l’aurait pu.

C’est plus tard, lors d’une perquisition au domicile de cet homme, que le ton monte. Les policiers tombent sur 6 grammes de cannabis, et lui disent qu’une autre procédure va donc être lancée. Avant de trouver le permis de conduire de l’interpellé, déclaré perdu depuis plusieurs années. Farid Lamouchi est bon pour une troisième procédure. Il s’énerve. Selon les policiers, il les menace de vengeance…. Quatrième procédure !

Trop c’est trop, Farid Lamouchi demande alors à voir un avocat. Il en voit un, ainsi qu’un médecin. Tout va encore bien : le médecin ne relève qu’une petite égratignure à la main. « Sous réserve » que l’interpellé prenne ses médicaments (cet homme, souffrant d’une tumeur au cerveau, est invalide à 80% et est sous traitement), il peut donc aller en garde à vue. Mais, on ignore pourquoi, il n’aura pas ses médicaments.

En fin de matinée, le lendemain, la garde à vue de Farid Lamouchi est prolongée pour les « nécessités de l’enquête. » Entre-temps, son domicile a été à nouveau perquisitionné. L’interpellé demande à nouveau à voir un avocat. Avant d’être brièvement interrogé à 15 heures.

Il doit alors faire l’objet d’une comparution immédiate le lendemain à Lyon. Parallèlement, toujours selon Libération, les policiers font état d’un « incident de garde à vue », précisant que Farid Lamouchi a refusé de retourner dans sa cellule, qu’ils ont dû le plaquer à terre et le menotter, et qu’il les a à nouveau menacé tout en tentant de les frapper.

Le lendemain, au palais de justice, l’avocat de cet homme retrouve son client dans un « état d’agitation anormal », confie-t-il encore à Libération, il ne parlait « que de sa garde à vue. » Farid Lamouchi lui montre les traces qu’il a sur plusieurs parties du corps -entre-temps constatées par un avocat de permanence-, et dit avoir été victime de violences.

Farid Lamouchi s’étant montré agressif et incohérent à l’audience, le président a demandé le renvoi du procès pour qu’une expertise psychiatrique puisse être menée.

Le lendemain encore, cet homme écrit à sa femme une lettre dans laquelle il dit que « les flics de Givors » l’ont fait « vraiment chier. » Elle ne la recevra pas. Il a mis fin à ses jours le soir-même.

S’il avait pu être jugé, son avocat aurait insisté sur les conditions suspectes de la garde à vue. « On m’aurait écouté par politesse » confie-t-il aussi à Libération. Ajoutant : « Mais la garde à vue est un huis clos. Et entre la parole des policiers et celle d’un voleur… »

Une marche silencieuse en hommage à Farid Lamouchi est prévue samedi 22 janvier à Givors, selon LyonCapitale.fr.

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